À la fin des années 1970, dans le tumulte étincelant du Paris nocturne, une jeune comédienne de 22 ans croise la route de celui qui allait devenir le plus grand rockeur français. Élisabeth Étienne n’imagine pas, ce soir-là à l’Élysée-Matignon, que sa vie basculera au rythme d’une passion aussi intense qu’éphémère. Dans son livre Je me souviens de nous (Harper Collins, 2020), elle brise le silence sur cette histoire d’amour oubliée, livrant souvenirs tendres, détails brûlants et blessures toujours vives.


Ce soir-là, elle se souvient d’un homme « gentil, attentionné et charismatique », irrésistible dès le premier échange. Johnny Hallyday, lui, est immédiatement conquis. Déterminé à la revoir, il guette chaque occasion. Lorsqu’Élisabeth revient à Paris, il ne lui laisse pas le temps de souffler : à peine arrivée, un chauffeur l’emmène au Bourget.

De là, Johnny sort le grand jeu : direction Londres, puis l’Écosse. Une escapade improvisée, ponctuée de gestes tendres, de joues qui se frôlent, jusqu’au premier baiser. « Et l’histoire a commencé », raconte-t-elle. À partir de cet instant, impossible de se séparer.

La vie commune s’installe, étonnamment simple pour un couple aussi médiatisé. À Saint-Tropez, où Élisabeth tourne Les Gendarmes et les Gendarmettes (1982), Johnny se met aux fourneaux pendant qu’elle travaille. Il bronze au bord de la piscine, fait les courses, invite Louis de Funès ou Michel Galabru à dîner.

« Johnny adorait tout ce qui était épicé, tellement que parfois, on n’arrivait pas à manger », sourit-elle. Mais derrière cette vie paisible se cache une réalité plus sombre : le chanteur traverse une crise financière sévère, écrasé par des dettes fiscales « astronomiques ». Babeth, elle, s’en moque. Elle gagne sa vie et prend en charge le ménage. Leur lien est fusionnel, presque inséparable.

Jusqu’au jour où, après une infidélité de trop, Élisabeth décide de partir. Elle retourne à l’Élysée-Matignon, lieu de leur première rencontre, pour boire un verre. Johnny surgit. Il lui prend les mains et lâche, comme une ultime carte à jouer : « Est-ce que tu veux m’épouser ? ». Demande inattendue, à l’image de l’homme. Après quelques hésitations, l’amour l’emporte. Le 1er décembre 1981, à Los Angeles, ils se disent « oui » lors d’un mariage à l’américaine.


Mais le conte de fées tourne court. Trois mois plus tard, en février 1982, Johnny la quitte. Sans préavis. Le rockeur est tombé amoureux de Nathalie Baye. Pour Élisabeth, c’est un choc. « Un cataclysme. J’ai eu un mal fou à m’en remettre », confie-t-elle. Pourtant, elle part comme elle est venue : discrètement. « Sur la pointe des pieds, sans scandale. » Des années plus tard, dans Dans mes yeux (Plon, 2013), Johnny lui rendra hommage : « Elle n’a pas essayé de profiter de la situation. Avec le recul, je m’aperçois qu’elle a été l’une des femmes les plus dignes de ma vie. »

En décembre 2017, un nouveau choc : la France pleure Johnny. Élisabeth, elle, vit un double deuil. Le même jour, elle apprend aussi la mort d’Otto Kern, père de son fils. Effondrée, elle tente de joindre la famille Hallyday pour assister aux funérailles. Silence. Une blessure supplémentaire. « Ce sont deux hommes qui ont compté pour moi », lâche-t-elle, la voix nouée.


Aujourd’hui, à travers son livre, Élisabeth Étienne ravive la mémoire de ces « trois ans d’un amour fou » qui, malgré la brièveté, ont marqué sa vie à jamais. Dans son écrin, un bracelet gravé « Love », cadeau de Johnny, qu’elle porte depuis près de quarante ans. Un vestige discret mais indélébile d’une passion dévorante, et d’un rockeur qui, derrière les projecteurs, avait trouvé auprès d’elle un rare refuge.