Un jeu d’été culte, une arène mythique, des accusations de parasitisme et un animateur star au centre d’un tourbillon médiatique : voilà le cocktail explosif qui secoue aujourd’hui Intervilles, Nagui et sa société de production. Derrière les rires, les costumes et les épreuves spectaculaires, c’est une bataille juridique et symbolique qui s’ouvre aux Arènes d’Arles, où la tradition rencontre la modernité. Que cache réellement cette guerre des images et des droits ? Pourquoi Nagui se retrouve-t-il accusé alors qu’il voulait simplement divertir ? Une affaire plus grave qu’il n’y paraît…

La société de production d'"Intervilles", le jeu repris par Nagui et  diffusé sur France 2, assigne en justice les Arènes d’Arles pour  "parasitisme"

Depuis des décennies, Intervilles fait partie du paysage télévisuel français. Émissions estivales, rires partagés en famille, villages qui s’affrontent dans des épreuves loufoques : tout cela a contribué à faire de ce programme un rendez-vous culte. Mais derrière l’image légère et bon enfant de cette émission emblématique se cache aujourd’hui un dossier lourd et épineux qui risque de redéfinir le rapport entre télévision, culture et patrimoine.

Car cette fois-ci, les caméras ne filment pas seulement des courses de vaches ou des épreuves d’adresse. Elles capturent aussi l’écho d’une polémique qui enfle : la société gestionnaire des Arènes d’Arles accuse Nagui et sa société de production d’avoir exploité le lieu sans autorisation appropriée, parlant carrément de « parasitisme ». Un terme dur, presque insultant, qui place le producteur sous une lumière impitoyable.

Nagui, habitué à faire face à ses « haters », a immédiatement réagi en minimisant l’affaire, expliquant qu’il s’agit d’une exagération, d’un conflit d’intérêts, voire d’une incompréhension entre équipes juridiques. Pourtant, le mot est lâché : parasitisme. Dans l’imaginaire collectif, il évoque une forme d’usurpation, une volonté de profiter d’un bien qui ne vous appartient pas. Et lorsque ce bien est aussi symbolique que les Arènes d’Arles, le choc est d’autant plus retentissant.

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Les Arènes, ce n’est pas n’importe quel décor. C’est un monument romain vieux de près de deux millénaires, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, un lieu où se sont succédé gladiateurs, corridas et spectacles grandioses. Voir cet espace historique transformé en plateau de télévision pour une émission de divertissement n’est pas du goût de tout le monde. Si certains y voient une manière moderne de faire vivre le site, d’autres dénoncent une banalisation, voire une profanation.

Le choix de tourner Intervilles dans ce cadre n’était pourtant pas anodin. Nagui et ses équipes souhaitaient donner un souffle nouveau au programme, l’inscrire dans des lieux emblématiques, marier l’humour et le patrimoine. Mais c’est précisément ce mariage qui fait débat. Peut-on rire, courir, s’asperger d’eau et se déguiser dans une arène qui fut le théâtre de combats mortels ? La question divise.

La société qui gère les Arènes d’Arles accuse la production d’avoir utilisé l’image du monument sans en respecter les règles strictes. Selon elle, l’événement a été organisé à des fins purement commerciales, sans véritable contrepartie pour le lieu ou pour la ville. En d’autres termes, la télévision aurait profité de l’aura du monument sans en assumer les responsabilités. Et dans un contexte où la protection du patrimoine est devenue un enjeu national, l’accusation prend une tournure explosive.

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Du côté du public, les avis sont partagés. Les fans de l’émission défendent Nagui, arguant que grâce à Intervilles, les Arènes d’Arles ont bénéficié d’une visibilité nationale et internationale inédite. Pour eux, c’est une publicité gratuite qui valorise le lieu, attire des visiteurs et insuffle une nouvelle énergie. Mais les défenseurs du patrimoine, eux, voient les choses autrement : à leurs yeux, transformer un site historique en terrain de jeu télévisuel revient à lui retirer sa dignité, à l’utiliser comme simple décor.

Nagui, lui, s’est toujours montré fier de pouvoir mêler culture et divertissement. Dans ses prises de parole, il rappelle régulièrement son attachement à la France, à ses symboles, et son désir de les mettre en lumière auprès des nouvelles générations. Mais ce plaidoyer suffira-t-il à calmer la tempête ? Rien n’est moins sûr. Car au-delà des mots, une bataille juridique s’annonce, et elle pourrait durer.

Le terme de « parasitisme » n’est pas anodin : en droit, il désigne le fait de tirer profit du travail ou de la notoriété d’autrui sans contrepartie. Si la justice venait à donner raison à la société gestionnaire des Arènes, les conséquences pour Nagui et sa société de production pourraient être lourdes : amendes, interdiction de diffusion de certaines images, voire remise en cause de futurs projets liés à des lieux patrimoniaux.

Mais au-delà du procès, c’est la réputation de l’animateur qui est en jeu. Nagui a toujours été une figure populaire, adoré par une partie du public, critiqué par une autre, mais toujours présent, incontournable. Être accusé de parasitisme, c’est voir son image écornée, c’est être renvoyé à l’idée de profiteur. Et pour un homme qui se bat depuis des années pour rester un animateur « proche des gens », la blessure est profonde.

Dans les coulisses de la télévision, l’affaire fait trembler. D’autres producteurs observent attentivement, conscients que ce précédent pourrait changer la donne. Filmer dans un monument historique deviendrait-il désormais un risque judiciaire ? Les partenariats entre télévision et patrimoine devraient-ils être redéfinis ? Les Arènes d’Arles ne sont que le point de départ d’un débat bien plus vaste : celui de l’usage des symboles collectifs dans l’industrie du divertissement.

Pour les habitants d’Arles, la controverse a des résonances particulières. Certains se disent fiers que leur ville soit au cœur d’un débat national, d’autres s’agacent de voir le monument réduit à une affaire de business. Entre fierté locale et crainte de dénaturation, les discussions s’enflamment dans les cafés, sur les réseaux sociaux, et jusque dans les couloirs de la mairie.

Nagui, de son côté, tente de garder son humour habituel. Mais derrière le sourire, l’inquiétude transparaît. Lui qui a bâti sa carrière sur la proximité et la légèreté doit désormais affronter un adversaire qu’il ne peut pas tourner en dérision : la justice et le poids de l’histoire.

Et c’est bien là que réside toute la force dramatique de cette affaire : d’un côté, une émission joyeuse qui cherche à divertir ; de l’autre, un monument chargé de mémoire, symbole d’une histoire millénaire. Entre les deux, une ligne rouge floue que chacun interprète à sa manière.

Intervilles survivra-t-il à cette tempête ? Peut-être. L’émission a déjà traversé des décennies, des critiques, des changements de présentateurs. Mais cette fois-ci, la question n’est pas seulement télévisuelle, elle est morale et patrimoniale. Et pour Nagui, le combat ne se joue plus seulement sur le terrain de l’audience, mais sur celui, bien plus périlleux, de la légitimité.

Une chose est certaine : les Arènes d’Arles n’ont pas fini de résonner. Non pas sous les cris des gladiateurs, ni sous les rires des spectateurs d’Intervilles, mais sous le bruit assourdissant d’une polémique nationale qui, à sa manière, écrit une nouvelle page de leur histoire.