Thierry Ardisson tire sa révérence en direct sur le plateau de Quelle Époque ! : dans une dernière apparition télé pleine d’ironie, de lucidité et d’adieux élégants, l’homme en noir revient sur 40 ans de télévision, ses regrets, ses coups d’éclat… et ce qu’il ne refera jamais — cliquez sur le lien pour en savoir plus.

Il était une fois un homme en noir, un maître des mots tranchants, des silences qui dérangent et des interviews qui marquent au fer rouge. Ce 10 mai 2025, sur le plateau de Quelle Époque !, Thierry Ardisson a fait ses adieux à la télévision. Pas de larmes excessives, pas de tape dans le dos hollywoodienne, mais une élégance froide, teintée d’ironie mordante, fidèle à sa légende.

Dès son entrée sur le plateau, les spectateurs ont compris que ce ne serait pas une émission comme les autres. Vêtu de noir, comme toujours, mais avec une allure presque cérémonielle, Ardisson a lancé à Léa Salamé : « Bon, c’est la dernière fois qu’on me voit ici… alors autant que ça fasse un peu de bruit, non ? » Et du bruit, il en a fait.

Pendant près d’une heure, il a déroulé sa carrière en flashbacks acidulés. D’Ardisson à la télé à Tout le monde en parle, de Salut les Terriens à L’hôtel du temps, tout y est passé. Il a évoqué ses débuts, ses combats, ses censures, ses regrets aussi. L’homme n’a pas cherché à se justifier, ni à enjoliver son image. Au contraire : il a dézingué tout ce qui bougeait, y compris lui-même.

« J’ai parfois été trop dur, trop cynique. J’ai voulu faire de la télé comme on fait de la littérature noire. Je sais que j’ai blessé. » Ces mots, inattendus, ont fait vaciller le plateau un instant. Léa Salamé, déstabilisée, a demandé s’il regrettait certaines interviews. Ardisson a souri : « Regretter ? Non. Assumer ? Oui. »

Il a aussi parlé de la transformation du paysage audiovisuel. « Aujourd’hui, tout le monde veut être aimé. Moi, je voulais qu’on se souvienne. » Puis il a enchaîné, sans filtre : « La télé est devenue fade, calibrée, propre. Il n’y a plus de sauvagerie, plus d’impertinence. On préfère les influenceurs aux intellectuels. On vend de la dopamine au lieu de poser des questions. »

Dans la salle, certains applaudissent. D’autres retiennent leur souffle. Ce n’est plus une interview : c’est un testament télévisuel. Thierry Ardisson, lucide, corrosif, tire à balles réelles sur une industrie qu’il juge “mourante de tiédeur”.

Mais au milieu des piques, il y a eu aussi des moments d’émotion sincère. Lorsqu’on lui diffuse un montage surprise de ses plus grandes interviews — Gainsbourg, BHL, JoeyStarr, Sagan, et tant d’autres — Ardisson reste figé. Puis, il murmure : « J’ai eu la chance d’entendre des gens penser à voix haute. »

Et il remercie. Sobrement. Ses équipes. Son épouse Audrey Crespo-Mara. Son public fidèle. Même les haters, « qui m’ont forcé à rester affûté », plaisante-t-il. Il remercie la télévision, aussi. Celle des années 80 et 90. « À l’époque, on avait le droit d’expérimenter. Aujourd’hui, on a juste le droit d’obéir. »

La séquence la plus inattendue ? Lorsqu’il invite sur le plateau… lui-même. Une reconstitution numérique de son visage en version 1987, projetée sur écran géant. Une sorte de dialogue entre le Ardisson d’hier et celui d’aujourd’hui. L’un provocateur, l’autre désabusé. « Tu veux savoir ce que je referai jamais ? Faire semblant », lâche-t-il à son double numérique.

Le public est médusé. Personne ne l’a vu venir. C’est du grand Ardisson : conceptuel, dérangeant, élégant. Un adieu aussi étrange que marquant. Une façon de dire qu’il quitte la scène sans nostalgie, mais non sans panache.

Pour clore l’émission, Thierry Ardisson se lève, se tourne vers la caméra et lance :
« Merci de m’avoir regardé. Merci de m’avoir supporté. Et surtout… continuez à penser. Même à contre-courant. Surtout à contre-courant. »

Puis il s’en va. Sans musique. Sans ralenti. Juste le bruit de ses pas qui résonnent dans le silence du studio.

Sur les réseaux sociaux, la séquence est immédiatement reprise. Des hashtags comme #MerciArdisson ou #FinDUneÉpoque explosent en tendance. Les hommages affluent de toutes parts : Michel Denisot, Laurent Ruquier, Daphné Roulier, même Cyril Hanouna — tous saluent une voix unique, une liberté disparue.

Mais Thierry Ardisson, fidèle à lui-même, ne répond à rien. Il disparaît comme il a toujours su le faire : avec mystère et contrôle. Son dernier mot ? Il l’aurait confié à un technicien en quittant le plateau : « La télé, c’était bien. Maintenant, je vais lire. »

Ainsi s’achève une page de l’histoire télévisuelle française. L’homme en noir s’efface, laissant derrière lui des archives riches, des phrases cultes, et surtout, une absence qu’aucune émission lisse ne pourra jamais combler.

Car Thierry Ardisson, qu’on l’adore ou qu’on le déteste, ne laissait jamais indifférent. Et c’est peut-être ça, le secret de sa longévité : ne jamais chercher à plaire, mais toujours chercher à marquer.