Jacques Dutronc : sa villa corse, le dernier refuge de l’amour et des souvenirs gravés à jamais


Perchée sur les hauteurs de Monticello, petit village du nord de la Corse, se dresse une maison qui ne ressemble à aucune autre. Elle est à la fois un abri, un sanctuaire, un morceau d’éternité. C’est ici que Jacques Dutronc vit depuis des décennies. Mais cette villa n’est pas qu’un simple toit au-dessus de sa tête. Elle est le fruit d’une histoire d’amour unique, forgée dans la lumière des années 60, façonnée par deux icônes de la chanson française : Françoise Hardy et Jacques Dutronc.

 

Un amour hors du temps

C’était dans les années 60, époque où tout semblait possible, où l’art se confondait avec la vie. Françoise Hardy, jeune chanteuse au regard mélancolique et à la voix inimitable, connaissait un succès fulgurant. Discrète mais résolument moderne, elle incarnait une génération. En 1965, alors au sommet de sa carrière, elle acheta un terrain sauvage et presque vierge sur les collines de Monticello, attirée par la beauté brute de la Corse, par son isolement aussi.

 

Elle fit construire là-bas une maison. Un refuge pour l’été, une parenthèse loin de Paris et de la frénésie médiatique. Ce n’était pas une villa ostentatoire, mais une demeure aux lignes simples, ouvertes sur le maquis et la mer. La maison devint rapidement un lieu de passage pour les amis proches, un espace intime où l’on partageait le silence autant que les rires.

 

Jean-Marie Périer, son ancien compagnon, racontera plus tard:« C’est moi qui ai fait construire la maison à Monticello pour Françoise. Elle gagnait très bien sa vie à l’époque. Mais je n’y ai jamais vécu avec elle. En revanche, j’ai passé quarante ans à y rendre visite à Jacques. » Un détail anodin en apparence, mais qui en dit long sur la complexité des liens entre ces trois êtres liés par l’amour, l’amitié, le respect.

 

Un coin de paradis choisi par Hardy, habité par Dutronc


La maison, terminée en 1966, devient rapidement le pied-à-terre favori de Jacques Dutronc. Il s’y installe, y trouve un rythme, un silence, une lenteur qu’il chérit. Dans une interview accordée à TF1, il confiera avec une désinvolture toute dutroncienne :« C’est une maison que Françoise a fait construire. Moi, je suis arrivé ici, et je me suis trouvé bien garé. »Une phrase simple, presque absurde, mais qui résume à merveille l’attachement instinctif et profond qu’il a pour ce lieu.

 

À l’époque, Monticello n’avait rien de touristique. « Il n’y avait rien », se rappelle Thomas Dutronc, leur fils. « Juste le village à l’ancienne, une chapelle. Pas de bars, pas de bruit. Tout ça est venu bien après. » Le charme était là, brut, intact. La Corse offrait un décor magnifique pour un quotidien loin des projecteurs.

 

Cette villa devint le théâtre discret de leur vie de couple atypique, parfois distante mais toujours empreinte d’une complicité indéfectible. Françoise, Parisienne dans l’âme, y venait moins souvent avec les années. Jacques, lui, y trouvait refuge, dans la nature, les chats, le silence. Et même après leur séparation de fait, ce lieu resta un fil invisible entre eux.

 

La solitude choisie de Françoise Hardy

Françoise Hardy n’était pas de celles qui fuient Paris. Bien au contraire. Plus le temps passait, plus elle s’ancrera dans la capitale. La Corse, avec sa beauté rude et ses routes sinueuses, devint presque une contrainte pour elle.« J’ai horreur de voyager », avouait-elle un jour sur Canal+. « Même aller en Corse me pose problème. Je ne peux vivre qu’à Paris. »

 

Et pourtant, c’est elle qui avait rêvé cette maison. C’est elle qui, dans un geste d’amour et d’indépendance, l’avait fait bâtir de ses propres choix, loin de tout. Une contradiction ? Peut-être. Mais aussi le signe d’une femme libre, complexe, insaisissable, qui savait que l’on pouvait construire un lieu pour l’autre, même si ce lieu ne serait jamais totalement pour soi.

Avec les années, la maladie s’est installée.

 

D’abord discrète, puis tenace. Le cancer du larynx l’a peu à peu réduite au silence, elle qui maniait les mots avec tant de justesse. Malgré les traitements lourds, les douleurs, Françoise Hardy refusa de plier. Elle resta digne, lucide, déterminée. Elle défendit jusqu’au bout le droit à mourir dans la dignité, avec cette sincérité qui la caractérisait depuis toujours.

 

Le départ, et la maison devenue mémoire


Le 11 juin 2024, la nouvelle est tombée : Françoise Hardy s’est éteinte, à l’âge de 80 ans. Une page de la chanson française se tournait. Un monde s’effaçait doucement.

Thomas Dutronc, leur fils unique, portera ce deuil dans la pudeur et la tendresse. Il évoquera avec émotion l’amour de ses parents, leur histoire peu conventionnelle mais profondément vraie. Et il rappellera à quel point cette maison corse faisait partie de leur ADN familial.

 

Aujourd’hui, c’est Jacques Dutronc qui occupe toujours les lieux. Le temps a passé, les murs ont vieilli, mais l’âme de Françoise semble y planer encore. Dans les silences du matin, dans les couloirs baignés de soleil, dans chaque pierre du jardin, il y a quelque chose d’elle. Une présence discrète, bienveillante. Elle n’est plus là, mais elle veille.

 

Un lieu chargé d’âme


Cette maison n’est pas seulement un bien immobilier. Elle est un chapitre de l’histoire de la musique française, un témoin muet d’une époque, d’un amour, d’une vie partagée à moitié. C’est un lieu où le passé et le présent se confondent, où les souvenirs ne s’effacent pas, mais s’intègrent au paysage.

 

Jacques Dutronc y vit entouré de ses chats, loin du tumulte. Il y cultive le flegme, l’ironie, et sans doute aussi une certaine mélancolie.Cette villa de Monticello est devenue plus qu’un refuge : c’est une mémoire vivante, une œuvre d’art façonnée par le temps, les silences, les absences.

 

Et peut-être qu’en fermant les yeux, au détour d’un rayon de soleil ou d’une brise légère, on pourrait encore entendre résonner quelque part la voix de Françoise Hardy, douce et lointaine, chantant pour l’éternité.