Dans la constellation des familles françaises où le talent semble être une seconde nature, le nom Carrère d’Encausse brille d’un éclat particulier. Sous l’égide d’une mère académicienne et historienne de renommée mondiale, Hélène Carrère d’Encausse, deux de ses enfants ont conquis le cœur du grand public : Emmanuel, l’écrivain césarisé et scrutateur des âmes, et Marina, la médecin pédagogue devenue l’un des visages les plus rassurants du paysage audiovisuel. Pourtant, ce tableau de réussite médiatique cache une troisième pièce, une figure tout aussi brillante mais qui a fait de la discrétion son armure et sa force : leur sœur, Nathalie.

Loin des plateaux de télévision et des prix littéraires, Nathalie Carrère d’Encausse a tracé son propre sillon, tout aussi prestigieux, dans l’univers feutré et exigeant du droit. Elle est l’autre facette du succès familial, celle qui n’a pas besoin de la lumière des projecteurs pour exister et s’imposer. Née en 1959, entre son frère aîné et sa sœur cadette, elle a choisi la voie de la robe d’avocate, un monde où la parole est une arme et la réputation se forge au gré des plaidoiries et des dossiers complexes.

Et sa carrière est pour le moins impressionnante. Co-fondatrice du cabinet d’avocats Pons & Carrère à Paris, elle s’est spécialisée dans des domaines aussi variés et sensibles que le droit de la santé, le droit de la presse, le droit pénal ou encore le droit de la famille. Un simple coup d’œil à son parcours suffit à comprendre l’envergure du personnage. Elle fut notamment l’une des figures de la défense des laboratoires Servier lors du procès retentissant de l’affaire du Mediator. Un dossier d’une complexité technique et humaine inouïe, qui exigeait une maîtrise parfaite du droit et des nerfs d’acier. Se retrouver au cœur d’un tel cyclone judiciaire, face à des centaines de victimes et une pression médiatique colossale, témoigne de la trempe de l’avocate.

Ce choix de carrière, dans l’ombre des prétoires plutôt que sous le feu des rampes, est fascinant. Là où Emmanuel explore et expose l’intime, le sien et celui des autres, et où Marina vulgarise la science pour la rendre accessible à tous, Nathalie défend. Elle est dans le secret des délibérés, dans la confidentialité des stratégies de défense. Son métier exige une forme de retrait, une distance qui contraste fortement avec l’exposition de ses frère et sœur.

Cette discrétion n’est pas synonyme d’effacement. C’est un choix de vie délibéré. Dans une famille où l’intellect est roi et où l’on est constamment renvoyé à l’image de sa mère, “Secrétaire perpétuel” de l’Académie française, trouver sa propre voie est un défi. Nathalie l’a relevé en choisissant un domaine où l’excellence se mesure à la rigueur et à la force de l’argumentation, loin de la subjectivité de la critique littéraire ou de l’audimat.

Pourtant, un drame terrible a soudé son destin à celui de sa sœur Marina d’une manière indélébile. Dans leur jeunesse, les deux sœurs ont été victimes d’un très grave accident de la route. Un événement traumatisant qui a plongé Marina dans le coma et l’a laissée paralysée durant de longs mois. De cette épreuve, elles ont gardé des cicatrices, visibles ou non, mais surtout un lien renforcé par l’adversité. Avoir frôlé la mort ensemble crée une complicité que rien ne peut défaire. Si Marina a transformé cette expérience en une force qui transparaît dans son empathie de médecin, on peut imaginer que cet événement a également forgé le caractère de Nathalie, lui apprenant sans doute très tôt la valeur du combat et de la résilience.

Aujourd’hui, la fratrie Carrère d’Encausse incarne trois manières différentes de réussir au plus haut niveau. Emmanuel, l’écorché vif qui fait de ses fêlures une œuvre universelle. Marina, la figure bienveillante qui met son savoir au service du public. Et Nathalie, le pilier discret, la femme de pouvoir qui œuvre dans les coulisses des grandes affaires de notre temps. Trois enfants d’une même lignée prestigieuse qui, chacun à sa manière, a su se faire un prénom, que ce soit dans la lumière éclatante ou dans une ombre tout aussi respectée.